Y2-LA MISE en OEUVRE d'une RELIGION

la mise en oeuvre d'une religion

 

LA MISE en OEUVRE d'une RELIGION

 

Y21.Historique dans la construction des religions (histoire des religions)

 

Définir la structure du Sacré n'est pas facile, car les dieux sont invisibles, ils n'entrent pas dans la logique et ils sont trop idéaux pour être cernés....

 

On a donc tendance à les anthropomorphiser (on leur accorde volontiers des formes reconnaissables, des spiritualités humaines et il est courant de les considérer comme intelligents, psychologues et même sociaux)

Mais tout cela a été très progressif, au fur et à mesure de la modification des sociétés humaines:

 

--les plus anciennes civilisations transféraient leurs questionnements aux éléments de leur voisinage, qui leur semblaient exprimer la force, sinon la raison. Donc le soleil, les eaux, les animaux devinrent ainsi leurs éléments concrets de dévotions. Ce sont des religions polythéistes basiques

 

--avec l'amélioration de l'organisation des sociétés humaines, on fut amené à construire des sociétés de dieux (dites panthéon (§ Y13), construites sur le même modèle que celui des tribus : il fallait que les dieux aient un chef et il fallait établir des règles sociales. Ce furent les religions polythéistes structurées (la grecque étant la plus connue) Il y avait en général à son sommet, un dieu-chef intelligent, mais dont la morale était douteuse.

Parallèlement, il fallut émettre des règles dogmatiques, en général écrites, car -comme dans toute société humaine- il fallait contraindre les adeptes à adhérer au système, grâce à des lois verrouillant toute transgression

 

--plus tard, les qualités du chef des dieux furent considérées plus affinées et il devint fort, intelligent, disponible pour gérer le monde, y compris les problèmes humains. Il fut muni d'un minimum de qualités spirituelles et intellectuelles et il n'eut plus besoin de gros panthéon.Ce furent les religions spiritualistes, panthéistes et déjà monothéistes. Et leur dogme devint plus complexe

 

--et puis on évoqua que les dieux n'avaient pas que des qualités matérialo-spiritualistes et qu'il serait bon de leur attribuer une composante psy, comme pour l'Homme.On leur affecta donc une transcendance, c'est à dire une indéfinissable qualité de puissance totale, sur tout

 

--et enfin, on inventa l'utilitarisme des religions, en indiquant que si l'homme parvenait, par certaines manœuvres, à communiquer avec Dieu, il aurait alors accès à la Connaissance et sans doute même au Bonheur.

 

Y22-Formulation des thèses religieuses  

  Une thèse religieuse est un principe religieux (cause primordiale, dite immanence divine), à partir duquel on construit un accés à la transcendance divine 

 

La construction d'une thèse religieuse relève de la formulation ci-après :

 

M (les parties matérielles de l'immanence DIVINE) + S (les parties spirituelles de l'immanence DIVINE) >> grâce à C le chemin d'accès >> permet l'accès à T (l'enveloppe globale insondable, dite transcendance  

 

Ceci signifie qu'en partant des éléments M et S d'une immanence divine quelconque, et en prenant un chemin d'accès C (tel que vu § Y22 ci-dessus) on peut accéder à une forme de transcendance T

 

Cette équation transcendantale est généralisable à toutes thématiques philosophico-religieuses, avec des mots certes différents, mais avec structure similaire >>

 

- chez les néoplatoniciens, comme Plotin, on trouve

 

M (la présence) + S (l'âme ) >> C (l'accès au principe divin) >> T (le ''un'')

 

- en philosophie religieuse générale, on trouve :

 

M (le concret) + S (le spirituel ) >> C (le divinisme) >> T (l'essence enveloppante)

 

- dans l'existentialisme, qui n'est pas une religion, mais y est un peu assimilable, on a :

 

M (le corps et le psy de l'homme) >> C (la liberté de choisir sa vie) >> T (l'essence)

 

- en christianisme, on trouve :

 

M (le Christ) + S (le Père ) >> C (la gnose) >> T (le St esprit)

 

- en philo générale on propose :

 

M (la quiddité, c.à.d. les fonctions primordiales de l'être) + S (la quoddité, c.à.d. les fonctions secondaires de l'être) >> C(le principe de l'Être) >T (l'eccéité, ou individualité, c.à.d. les caractéristiques subtiles de l'être)

 

- chez les Grecs, le principe de Dionysos  reprend la même formulation, en l'appliquant à l'immanence humaine :   M (la puissance, c.à.d. la mise en condition des sens) + S (l'essence, c.à.d. la projection abstraite d'un futur acte) >> (l'entéléchie,c.à.d. le passage à l'acte) >> T (l'action humaine)

 

- on peut aussi faire l'assimilation avec la Physique atomique, pour laquelle

 M (le neutron) + S (le proton, chargé de l'électricité -qui est assimilable à du spirituel-) >> C (le champ de force forte) >> T (le noyau)

 

  • dans certaines religions, on peut avoir soit M = 0 (cas des religions panthéistes), soit S = 0 (cas des religions poly ou hénothéistes), soit T = 0 (cas de religions athées ou à monisme restreint)

 

 Y23.méthodologie pour usage d'une religion

 

1.il faut une méthodologie pour établir des relations avec la Puissance transcendantale 

 

  • afin de favoriser la connaissance du sacré, il faut établir des règles dogmatiques et morales, débouchant sur des rites  Tout cela ayant pour rôle de bien structurer et valider le système religieux.Un dogme (l'ensemble des règles), est considéré comme ''totalité organique indissociable'', c'est à dire un formalisme intangible envers lequel la moindre modification est taxable d'hérésie (divergence punissable)

  • l'ensemble des règles chrétiennes est nommé canon

 

2.il faut essayer de communiquer avec la Puissance surnaturelle

 C'est le rôle des rites (prières, gestuelles, communautés, initiations...)

  Mais comme l'application des rites est délicate, on confie cette tâche à des personnages qui se disent spécialisés (les prêtres, chamans, sorciers et assimilés) .Ces intermédiaires créent des cultes, avec de nouveaux rites et avec l'aide de mystères, qui sont des rites secrets initiatiques, incluant révélations ésotériques et serments. Les mystères sont presque exclusivement des rites religieux méditerranéens (ex. Orphisme)

L'initiation chez les Grecs était nommée myste (Eleusis)

Le contact avec le sacré est souvent d'ordre magique

 

--le contact peut se faire à travers un médium

 

--le channeling est par contre une possibilité de relation directe avec une entité étrangère à notre monde (ange, extraterrestre, divinité quelconque, démon....)

 

3. il faut insérer de la morale  dans le sacré, car tout fait religieux concerne la Société humaine.

 Les dieux (hélas pas tous) deviennent ainsi moralisateurs, mais l'homme n'interprètera leurs prescriptions qu'à la mesure de son égoïsme patent

  L'homme est toutefois globalement rassuré sur ses propres doutes, anxiétés et peurs, car la religion intronise une Puissance surnaturelle, qui est gestionnaire de la vie personnelle. Le divin peut ainsi prendre en charge le monde, ainsi que l'individu

 

4. en échange, les dieux exigent qu'on se dévoue  envers eux, sous la forme d'une reconnaissance et soumission totale, ce qui est toutefois proposé comme devant être agréable. Cela permet à l'homme de prétendre à la foi, de laquelle il saura se repaître, éjoui et ébloui

 Il y a toutefois des risques dans cette démarche, entre autres l'acceptation du fatalisme et l'aveuglement dogmatique (mysticisme)

 

 Y24-Les chemins d'accès au divin

 Pour accéder à la transcendance divine, il faut partir de l'immanence divine et prendre une voie d'accès. Les divers chemins d'accès à la transcendance permettront à notre conscience (celle de notre ''moi'') d'atteindre une ultime jonction avec la conscience du Tout (la Puissance surnaturelle).

 Les divers chemins d'accès à la transcendance (§Y12) sont souvent délicats. Ce sont >>

 

  • 1.le divinisme qui est le terme générique désignant un quelconque chemin d'accès au monde transcendantal.Un divinisme peut être dualiste s'il concerne une recherche d'accès depuis une immanence elle-même dualiste (comportant du matériel et  du spirituel).Sinon, il est moniste. Le divinisme est donc le chemin d'accès à la plénitude (dite plérôme chez les gnostiques) qui est l'acquisition de la transcendance, ce qui mène au salut et ouvre la connaissance (aussi bien la connaissance de l'universel, que celle de l'intemporel, que celle de l'égo)

  • 2.la gnose qui est un cas particulier de divinisme dualiste. Elle est une révélation à base initiatique, à travers un chemin glorieux entre le visible et l'invisible.Mais elle est structurellement ésotérique et comme l'a dit Tardieu : ''elle est cachée sous le silence'' La gnose (qui est surtout préconisée chez les chrétiens) implique la révélation, c'est à dire la connaissance de Dieu et elle rejette le corps, porteur du Mal.

  • 3.le gnosticisme qui est le nom de mouvements chrétiens entre les 1° et 6° siècles après J.C.On y trouve un dualime formel entre le Bien (le spirituel, fonction basique de Dieu) et le Mal (la matière, éternelle mais maléfique, créée par le Démiurge -ou Yaweh-) Ces gnostiques chrétiens furent classés comme sectataires, bien quesouvent incomplètement dualistes. Leurs grands maîtres gnostiques (II° et III° siècles) furent Basilidès, Saturnilos d'Antioche, Valentin et Marcion

  • 4.il y eut d'autres gnoses non chrétiennes (dualistes), qui menèrent à définir des religions comme le manichéisme, le mandéisme, le kabbalisme, l'hermésisme.....La secte chiite des duodécimains procède aussi d'une gnose similaire (dualiste)

  • 5.l'apologétique (ou apologétisme) est une gnose particulière, concernant uniquement le chemin d'accès depuis la partie spirituelle de l'immanence

  • 6.le pneumatisme est le chemin gnostique correspondant à la partie ''psy'' (âme) incluse dans l' immanence divine

  • 7.le thomisme  est la doctrine de Thomas d'Aquin, proposant un divinisme purement inféodé à la foi (avec toutefois une curieuse adjonction de recherche logique et aristotélicienne dans la mise en application de cette foi)

  • 8.le holisme est un divinisme concernant l'ensemble du spirituel (c.à.d. intellect + psychisme) de l'immanence divine. Il fait intervenir la sensitivité (la perception de nos sensations) en adjonction de la partie rationnalité (leur analyse) dans l'immanence divine. Cette accession holistique au ''tout'' transcendantal est considérée comme revalorisante, c'est à dire qu'elle permet de prétendre que le résultat (l'absolu transcendantal (§Y12)est supérieur à la somme des composants initiaux immanents. Le holisme est ainsi l'extra-valorisation du spirituel. Ce phénomène concernant le holisme est un cas particulier d'émergentisme, qui est une notion philosophique plus générale, exprimant que la globalité d'un élément construit, est généralement plus complexe, plus structurée, plus formalisée, que le laisserait apparaître la simple juxtaposition de ses éléments constitutifs Par exemple une forme d'émergentisme est le vitalisme qui exprime qu'un être vivant est ''bien plus'' que la somme empaquetée de ses uniques composants chimio-cellulaires.Le holisme sous-tend des questions métaphysiques (la valeur de l'être dans l'univers, la critique de son existence, de son évolution et de sa pérennité)

  • 9.la synergie  est un divinisme concernant le groupage des partiesmatérielle et sensitive (corps et âme) de l'immanence divine.Elle est émergentiste et vient donc en opposition de l'élémentarisme, de l'atomisme ou du réductionnisme, qui sont trois notions voisines, prétendant réduire la constitution des choses (leur immanence) à un nombre aussi faible que possible de composants élémentaires (comme des particules, des monades, des atomes)

  • 10.le magianisme est un divinisme impliquant la magie et l'art divinatoire L'importance de la magie est telle qu'une section spéciale y est affectée (voir chapitres J11 et suivants)

  • 11.la méditation transcendantale est un chemin calme et réfléchi, permettant d'accèder à une mini transcendance (c'est à dire pas trop divine) et qui est usuellement nommée : "Conscience du soi" ou "Silence infini" ou "Pure félicité"

  • 12.le doute est une position hésitante, prise envers l'un des cheminements divinistes énumérés ici. Le doute n'est évidemment pas une méthode d'accès à la transcendance, ce n'est qu'un frein aux méthodes qui l'engendrent

  • 13.l'altruisme (au sens large) est un chemin d'accès à l'absolu, impliquant que l'immanence divine soit uniquement de composition purement psychique (qualités humaines) On y déifie l'homme. L'altruisme permet cependant, à lui tout seul, de connaître une certaine forme de sérénité

  • 14.l'agnosticisme nie l'existence de chemins d'accès vers le transcendantal (donc il nie tout ce qui est évoqué dans les paragraphes 1 à 13 ci-dessus). Il considère que la transcendance étant inaccessible à l'esprit humain, il faut  réfuter son existence : (c'est le scepticisme théologique)  La question de l'accès aux dieux ne peut même pas être posée, puisqu'un chemin n'existe que s'il peut mener quelque part

  • Remarque : toutes les notions citées dans ce paragraphe ne sont pas des religions.      Ce sont des cheminements, des moyens d'accès au principe trancendantal (donc ce sont seulement des éléments structurels permettant de construire les religions)

 

 

 

 

 

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